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L'automutilation chez les adolescents : ce qui se cache derrière la douleur et comment les parents peuvent aider

Le présent article a été élaboré dans le cadre de l'initiative psychoéducative d'Emotional Consult en soutien aux parents et aux professionnels. Une version abrégée et adaptée a été publiée dans EduChain, axée sur les conseils pratiques à l'intention des parents.
L'automutilation chez les adolescents n'est souvent pas un désir de mourir, mais une tentative de maîtriser une douleur qui semble insupportable. Comprendre les vécus derrière ce comportement est la première étape vers le rétablissement du lien entre l'enfant et ses proches.
Quand le parent voit les blessures, mais pas la douleur qui se cache derrière
Une mère remarque quelques fines lignes sur le bras de sa fille de 15 ans. Sa première pensée est : « Elle veut mourir ! ». La suivante : « Où ai-je fait fausse route ? ». L'enfant se tait. Le parent pleure. La peur s'installe entre eux.
Ces questions sont naturelles. Elles ne parlent pas d'un mauvais parent, mais d'un parent qui souffre avec son enfant. Il est important de savoir que l'automutilation est rarement la conséquence d'une seule cause précise ou d'une seule erreur commise. Elle est le résultat d'une interaction complexe entre des traits de personnalité, des événements vécus, des relations, la santé mentale et la façon dont le jeune parvient à gérer ses émotions.
De telles situations se produisent beaucoup plus souvent qu'on ne l'imagine. Ces dernières années, les spécialistes constatent une augmentation des cas d'automutilation chez les adolescents. Pour de nombreuses familles, c'est l'une des expériences les plus effrayantes, car elle semble inexplicable : « Pourquoi se ferait-il délibérément du mal ? ». Cette question nous mène cependant dans la mauvaise direction. Il est plus utile de se demander : « Quelle douleur cet enfant essaie-t-il de supporter ? ». C'est là que réside la différence entre condamner un comportement et comprendre la personne derrière celui-ci.
L'automutilation – une tentative de porter l'insupportable
L'automutilation (en anglais non-suicidal self-injury – NSSI) désigne le fait de se blesser intentionnellement sans intention suicidaire (American Psychiatric Association, 2022). Il s'agit le plus souvent de coupures, d'égratignures, de brûlures ou de coups. Il est important de souligner que l'automutilation et la tentative de suicide ne sont pas la même chose, même si elles peuvent coexister et nécessitent toujours une évaluation professionnelle.
Parmi les adolescents, elles figurent parmi les défis significatifs pour la santé mentale, c'est pourquoi la prévention précoce et l'accès au soutien sont des priorités essentielles (World Health Organization, 2020). Dans le DSM-5-TR, l'automutilation est incluse en tant que condition nécessitant des recherches complémentaires, ce qui souligne la nécessité d'une évaluation clinique, mais ne la définit pas en soi comme un trouble mental distinct.
Les recherches montrent qu'un pourcentage significatif d'adolescents a vécu au moins une fois une période où ils ont eu recours à l'automutilation. Elle débute le plus souvent au début ou au milieu de l'adolescence, généralement entre 12 et 16 ans (Nock, 2014). Cela signifie que dans de nombreuses communautés scolaires, il existe des jeunes qui vivent ce type de difficulté, souvent sans que leur entourage en soit conscient.
Qu'est-ce qui pousse un jeune à diriger la douleur contre lui-même ?
À première vue, cela semble illogique. Mais lorsque l'on examine les mécanismes psychologiques, le tableau devient plus compréhensible.
Qu'est-ce qui se cache derrière l'automutilation ? La science de la douleur, des émotions et du coping
Les recherches contemporaines montrent que la fonction la plus fréquente de l'automutilation est la régulation d'émotions extrêmement intenses que l'adolescent peine à supporter (Nock, 2009). Nous savons aujourd'hui que l'automutilation est rarement uniquement une tentative d'attirer l'attention, mais plutôt un signal de souffrance intérieure significative. Les études montrent qu'immédiatement avant l'acte d'automutilation, les jeunes ressentent souvent une forte anxiété, de la colère, de la honte, un sentiment de vide ou une surcharge émotionnelle. Pendant un bref instant, la douleur physique réduit l'intensité de la douleur psychique. Certains adolescents décrivent pouvoir « reprendre leur souffle » pour la première fois depuis des heures ou des jours. D'autres disent que la douleur physique est la seule chose qui leur fait sentir qu'ils existent encore.
Cela ne signifie pas que l'automutilation est une solution saine. Cela signifie qu'à ce moment-là, c'est le seul moyen connu pour faire face.
Après l'automutilation, beaucoup d'entre eux décrivent un soulagement de courte durée, qui cède rapidement la place à la culpabilité, à la honte et à l'autocritique (Klonsky, 2007). Ainsi se forme progressivement un cercle vicieux – les émotions douloureuses conduisent à l'automutilation, et l'automutilation engendre de nouvelles émotions douloureuses.
Les données scientifiques montrent qu'il n'existe pas de cause unique à ce comportement. Il survient le plus souvent à l'interaction de plusieurs facteurs – une sensibilité émotionnelle accrue, des difficultés de régulation émotionnelle, des expériences de harcèlement ou de rejet, des conflits familiaux, un traumatisme psychique, des états anxieux ou dépressifs, une faible estime de soi et un sentiment de solitude (Cipriano et al., 2017). Pour certains adolescents, le sentiment de ne pas avoir de personne à qui exprimer leur douleur en toute sécurité joue un rôle déterminant.
Il est important de souligner que l'automutilation n'est pas un diagnostic. C'est un symptôme qui peut accompagner différents états mentaux, mais qui apparaît parfois aussi chez des adolescents sans diagnostic psychiatrique. Ce qu'ils ont en commun n'est pas le comportement lui-même, mais la difficulté à supporter et à donner du sens à leurs expériences.
Quand les émotions deviennent trop lourdes à porter
Une découverte particulièrement importante de la recherche contemporaine concerne le rôle de la régulation émotionnelle. Les enfants ne naissent pas avec la capacité de reconnaître et de réguler leurs émotions – ils la construisent progressivement à travers leurs relations avec les adultes significatifs. Lorsque l'enfant vit à plusieurs reprises l'expérience que ses émotions sont comprises, nommées et acceptées, il commence peu à peu à les reconnaître et à les réguler lui-même. Quand cela ne se produit pas, les émotions fortes peuvent rester sans « contenant » intérieur et être vécues comme quelque chose qui menace de le submerger.
Ici se dégage une idée importante qui relie la science contemporaine à la psychothérapie – derrière l'automutilation ne se trouve pas un désir de douleur, mais une aspiration au soulagement. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la douleur physique devient temporairement un moyen de maîtriser la douleur psychique.
Quand la psyché parle à travers le corps
Alors que la recherche contemporaine se concentre sur les fonctions que remplit l'automutilation, la perspective psychodynamique pose une autre question importante : « Que signifie ce comportement pour la personne concernée ? »
L'automutilation comme message : ce que le jeune essaie de dire
Dans la tradition psychothérapeutique, le symptôme n'est pas considéré comme accidentel (Peseschkian, 2003). En psychothérapie positive, il peut être compris comme une tentative de la personne de faire face à un conflit intérieur et de rétablir un équilibre entre différents aspects de son vécu (Fileva-Hadzhova, 2026). Le sens du symptôme est différent pour chaque personne et ne peut être compris que dans le contexte de son histoire personnelle (Freud, 1990).
Sous cet angle, l'automutilation n'est pas simplement un acte, mais une forme de communication – une façon d'exprimer quelque chose pour lequel il n'existe pas encore de mots. Dans certaines conceptions psychodynamiques, elle peut être liée à une agression dirigée vers soi-même, dans laquelle la tension intérieure et les impulsions destructrices se retournent contre le propre corps plutôt que vers le monde extérieur (Menninger, 1938).
La capacité de l'enfant à supporter et à organiser ses propres expériences se développe dans le contexte des premières relations avec l'adulte qui prend soin de lui (Winnicott, 2008). Lorsque l'enfant ou l'adolescent vit des émotions qui ne peuvent être partagées, comprises ou supportées par les personnes significatives autour de lui, ces expériences peuvent rester isolées et difficiles à appréhender.
Le développement émotionnel dépend également de la capacité de l'adulte à accueillir les expériences chaotiques de l'enfant, à leur donner un sens et à l'aider progressivement à les transformer en pensées et en mots (Bion, 1962). Lorsque ce processus est entravé, une partie de l'expérience émotionnelle peut rester inexprimée et trouver un chemin vers le corps plutôt que vers le langage.
Sous cet angle, l'automutilation n'est pas simplement un symptôme à supprimer. C'est une tentative de la psyché de faire face à une douleur qui ne peut pas encore être nommée, comprise et partagée.
C'est aussi la raison pour laquelle la thérapie ne vise pas uniquement à faire cesser l'automutilation, mais à trouver progressivement des mots pour la douleur et à construire d'autres façons de l'exprimer, sans qu'elle soit dirigée vers le propre corps. Lorsque la douleur reçoit un nom et est partagée dans une relation sécurisante, la nécessité pour le corps de « parler » à la place de la psyché peut diminuer progressivement. Le symptôme n'est pas un ennemi à simplement éliminer, mais un message qui doit être compris.
Il est important de souligner que cela ne signifie pas que les parents doivent être tenus responsables de l'automutilation de leur enfant. Un tel comportement survient à la suite d'une interaction complexe entre de nombreux facteurs et c'est précisément dans les relations – avec les parents, le thérapeute et les autres personnes significatives (Bowlby, 2006) – que peut se créer un espace de changement, dans lequel la douleur peut progressivement être transformée en une expérience qui peut être pensée, exprimée et partagée.
Comment les parents peuvent-ils être un soutien lorsque leur enfant se blesse ?
Dans la pratique thérapeutique, on observe souvent un paradoxe douloureux. D'un côté, un adolescent convaincu que personne ne peut le comprendre. De l'autre, des parents qui veulent aider, mais ne savent pas comment. Les uns comme les autres se sentent impuissants.
Pour mieux comprendre cette difficulté, il est important de rappeler que l'adolescence est en elle-même une période de changements intérieurs significatifs. C'est un temps où le jeune se sépare progressivement de ses parents, construit son individualité et cherche des réponses aux questions « Qui suis-je ? » et « Où est ma place ? » (Blos, 1967 ; Erikson, 1996). Ce besoin naturel d'autonomie peut parfois être perçu comme une prise de distance par rapport aux proches, surtout lorsque s'y ajoutent de fortes émotions, des conflits intérieurs ou un sentiment de solitude.
Dans ces moments, les parents font face à la difficile tâche de trouver un équilibre – respecter le besoin d'autonomie de l'adolescent sans perdre le lien émotionnel avec lui.
Pas de contrôle, mais de la connexion : comment être présent pour l'adolescent dans les moments difficiles
La peur pousse souvent les parents à réagir impulsivement – à surveiller constamment leur enfant, à retirer tous les objets tranchants ou à insister pour qu'il promette qu'il « ne le fera plus jamais ». Des accusations, des menaces ou des tentatives de minimiser sa douleur avec des mots comme « il n'y a aucune raison de te sentir ainsi » peuvent également apparaître.
Même si ces réactions viennent de l'amour et de l'inquiétude, elles atteignent rarement le vécu réel de l'adolescent. Lorsqu'une personne est submergée par des émotions insupportables, elle a besoin non pas tant de solutions toutes faites que d'une présence – de quelqu'un qui peut rester à ses côtés sans jugement.
L'enfant n'a pas besoin de parents parfaits. Il a besoin de parents capables de rester proches de lui, même lorsque sa douleur est difficile à comprendre.
À quoi ressemble le soutien qui aide vraiment
Parfois, une réplique calme a plus de pouvoir que des dizaines de questions : « Je vois que tu traverses quelque chose de très difficile. Je ne sais pas exactement ce que tu vis, mais je veux te comprendre. Tu ne traverseras pas ça seul. »
Cela ne signifie pas accepter ou minimiser l'automutilation. Elle doit toujours être prise au sérieux et une aide professionnelle doit être recherchée. Mais il est important que l'adolescent sente que le parent voit non seulement le comportement, mais aussi la personne derrière celui-ci.
Le rétablissement de la confiance ne commence pas lorsque le parent a trouvé toutes les bonnes réponses, mais lorsque l'enfant sent qu'il ne porte plus sa douleur seul.
De la douleur aux mots : comment la psychothérapie aide
L'un des mythes les plus répandus est que le but de la psychothérapie est simplement de faire cesser l'automutilation. Même si l'arrêt de ce comportement constitue une partie importante du processus, le véritable objectif est de comprendre la souffrance qui se cache derrière.
Si le symptôme est supprimé sans que sa fonction soit appréhendée, la tension intérieure peut trouver un autre moyen de s'exprimer. C'est pourquoi la thérapie ne se concentre pas uniquement sur le comportement, mais sur les vécus du jeune.
Le processus thérapeutique crée un espace sécurisé dans lequel l'adolescent peut progressivement parler de ses peurs, de sa colère, de sa honte, de sa solitude ou de son sentiment de rejet, sans être jugé. Avec le temps, il commence à reconnaître ses émotions, à comprendre ce qui les génère et à développer des façons plus saines d'y faire face.
Les recherches contemporaines montrent que l'amélioration de la régulation émotionnelle, le développement de relations sécurisantes et l'élaboration de stratégies d'adaptation adaptatives figurent parmi les principaux facteurs de réduction durable de l'automutilation.
Le travail avec les parents constitue également une partie importante du processus. Ils ne reçoivent pas d'instructions sur la façon d'être « parfaits », mais un soutien pour mieux comprendre les vécus de leur enfant et trouver des façons plus efficaces d'être présents pour lui.
Quel que soit l'approche thérapeutique – psychodynamique, positive, cognitivo-comportementale ou intégrative –, l'objectif reste le même : que l'adolescent passe progressivement de l'action à la réflexion, de la solitude à la connexion, et d'une douleur exprimée à travers le corps à une douleur qui peut être partagée avec des mots.
Le véritable changement ne se mesure pas uniquement au fait que l'automutilation a cessé. Il survient lorsque le jeune commence à croire qu'il existe d'autres façons de faire face à sa souffrance – sans se blesser et sans rester seul avec elle.
Quand la douleur trouve des mots, l'espoir revient
L'automutilation suscite la peur, la confusion et l'impuissance. Elle effraie les parents, inquiète les enseignants et reste souvent incomprise par les pairs. Mais derrière chaque trace sur la peau se trouve une personne qui tente de faire face à une expérience pour laquelle elle n'a pas encore trouvé de mots.
Lorsque nous ne voyons que le symptôme, nous risquons de passer à côté de l'histoire qui se cache derrière. Comprendre la peur, la solitude, la honte ou le sentiment de rejet qui sous-tendent le comportement est la première étape vers le changement.
L'automutilation n'est pas une partie inévitable de la croissance et ne doit pas être minimisée. C'est un signal de souffrance que l'adolescent ne parvient pas à gérer seul. Une aide psychologique et psychothérapeutique en temps opportun peut aider la douleur à trouver une autre voie d'expression.
Dans la pratique thérapeutique, nous sommes souvent témoins de la façon dont des jeunes, qui au départ ne peuvent pas parler de leurs expériences, commencent progressivement à raconter leur histoire. Là où au début il y a le silence et la honte, peuvent apparaître la confiance, la compréhension et la capacité de partager les émotions les plus difficiles.
Les parents n'ont pas besoin d'avoir toutes les réponses. La chose la plus précieuse qu'ils puissent offrir à leur enfant est la volonté de rester à ses côtés lorsqu'il souffre, et le courage de chercher de l'aide lorsqu'ils ne peuvent pas y faire face seuls.
La question la plus curative n'est pas : « Pourquoi l'as-tu fait ? », mais : « Qu'est-ce que tu vivais pour que tu aies eu besoin de le faire ? ». Dans cette question, il n'y a pas d'accusation. Il y a de la curiosité, de la compassion et un désir de comprendre.
Je crois que derrière chaque comportement se trouve une histoire qui mérite d'être entendue. Lorsque nous aidons un jeune à trouver des mots pour sa douleur, d'autres possibilités de l'exprimer apparaissent progressivement, sans que le corps reste le seul moyen de communication. C'est l'un des sens les plus profonds de la psychothérapie – que la souffrance cesse d'être quelque chose que la personne porte seule, et se transforme en une expérience qui peut être partagée et progressivement surmontée.
Si vous reconnaissez de tels signes chez votre enfant, ne restez pas seul avec votre inquiétude. L'automutilation est un signal de souffrance qui mérite attention et compréhension. Une consultation en temps opportun avec un spécialiste peut aider à rétablir le dialogue, la confiance et le sentiment de sécurité au sein de la famille.
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