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La douleur qui a un sens : déchiffrer les signaux psychosomatiques
Les symptômes corporels – messages de l'inconscient vers le conscient
Auteure : Roza Fileva-Hadzhova

De plus en plus de personnes ressentent dans leur corps des choses que les médecins ne peuvent expliquer uniquement par la physiologie : oppression thoracique, douleurs abdominales, maux de tête, réactions cutanées. Cela ne signifie pas que les symptômes sont « dans notre tête ». Cela signifie que le corps participe activement à la manière dont nous vivons nos émotions.
La psychosomatique explore précisément ce lien – ce qui se passe lorsque le psychisme ne peut pas supporter la tension et que celle-ci se déplace vers le corps. Les symptômes corporels sont un message de l'inconscient vers le conscient ; ils nous indiquent qu'une expérience a été oubliée ou non élaborée (Peseschkian, 2003).
Quand les mots font défaut
En règle générale, les symptômes corporels apparaissent là où les mots font défaut. Lorsqu'une personne ne peut pas nommer son émotion ou la transformer en pensée, le corps devient le seul « porte-parole ». Au lieu de « je suis en colère », une oppression apparaît dans l'estomac. Au lieu de « j'ai peur », des douleurs dorsales surviennent. C'est ainsi que le psychisme survit lorsqu'il n'existe aucun autre moyen de faire face (The Global Psychotherapist).
Bion répond à cette question par le biais de l'identification projective : le nourrisson projette (la projection est un mécanisme de défense par lequel nous attribuons inconsciemment nos propres émotions à autrui, plutôt que de les reconnaître comme nôtres, dans le but de réduire la tension interne) les sentiments qui ne peuvent pas encore être compris ou exprimés en mots sur la mère. Si elle est « suffisamment bonne », elle peut contenir (terme introduit par D. Winnicott, décrivant la façon dont la mère ou le principal soignant crée une sécurité psychologique et émotionnelle pour le nourrisson), modifier et restituer ces projections de telle sorte qu'elles deviennent tolérables pour le psychisme de l'enfant (Bion, 1962). Si cela ne se produit pas, les émotions restent « enfermées » dans le psychisme ou se manifestent dans le corps par des symptômes – douleurs corporelles, réactions cutanées ou fatigue chronique. Dans de nombreux cas, ils sont liés à une anxiété non élaborée et à une tension émotionnelle intense (Bion, 1961 ; Bronstein, 2010).
Signaux psychosomatiques courants
L'estomac – réagit souvent à une colère et à une tension non reconnues.
La peau – reflète un sentiment d'absence de protection ou de proximité sécurisante.
Les maux de tête – accompagnent parfois une culpabilité refoulée, de l'auto-accusation ou un excès de contrôle.
Les palpitations – surviennent lorsque la peur n'a pas de nom.
En d'autres termes, les symptômes psychosomatiques portent souvent un sens caché – ils sont le reflet d'expériences et d'émotions qui n'ont jamais été contenues et modifiées au cours du développement précoce.
Le sens caché du symptôme
Le symptôme a une double fonction :
Fonction régulatrice – le corps permet au psychisme d'« évacuer » des émotions inexprimables qui pourraient être destructrices si elles restaient uniquement dans l'esprit.
Fonction sémiotique – le symptôme est un signal de conflit intérieur ou d'expérience traumatique que le corps transmet au monde extérieur et à l'individu lui-même.
Selon Peseschkian, le symptôme n'est pas seulement un signe de détresse intérieure, mais aussi une invitation à prêter attention à des expériences qui ont été exclues de la conscience.
La douleur ou la réaction cutanée n'est pas simplement fortuite, mais porteuse d'un contenu psychique qui attend d'être reconnu et intégré.
Exemples cliniques
Un homme souffrant de colite chronique – il n'a jamais exprimé colère ni tension ; son corps « parle » à sa place.
Une femme atteinte de dermatite atopique – les symptômes apparaissent lors de conflits conjugaux ; la peau « transmet » un sentiment de vulnérabilité et d'absence de protection.
Une adolescente souffrant de maux de tête – elle éprouve frustration et peur de l'échec, qui se manifestent physiquement.
Comment la thérapie aide
Le processus thérapeutique crée un espace de contenance, de compréhension et de symbolisation des expériences :
Créer un espace sécurisant où le patient peut exprimer l'inconscient.
Transformer les émotions non reconnues en pensées et en symboles.
Relier les réactions corporelles au monde intérieur et leur donner un sens.
Ainsi, le symptôme commence à être « entendu » non plus comme un signal de danger, mais comme une invitation à l'intégration du psychisme et du corps.
« Les symptômes corporels ne sont pas un caprice, mais un message – ils nous disent qu'il n'y avait autrefois personne pour contenir nos émotions, ou qu'il y en avait un, mais qui ne savait pas comment » (The Global Psychotherapist).
Lorsque cela change, le corps cesse progressivement de « crier » – parce qu'il y a désormais quelqu'un pour écouter.
Références
Freud, A. (2000). Le Moi et les mécanismes de défense. Sofia : Lik.
Wilfred Bion. (1962). Learning from experience. London, UK: Heinemann.
Bion, W. R. (2023). Après réflexion [Second Thoughts]. Sofia : Riva.
Winnicott, D. (2008). De la pédiatrie à la psychanalyse (traduit en bulgare). Sofia : Centre de soutien psychosocial.
Catalina Bronstein. (2010). On psychosomatics: The body as a target of primitive attacks. International Journal of Psychoanalysis, 91(5), 1077–1095.
Peseschkian, N. (2003). Psychosomatique et psychothérapie positive – Tome 2. Varna : Slavena.
The Global Psychotherapist. (n.d.). Articles on psychosomatics and positive psychotherapy. Retrieved from https://www.positum.org
