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La psychologie de la solitude : pourquoi se sent-on seul parmi les autres ?
Auteure : Roza Fileva-Hadzhova

Pourquoi se sent-on seul parmi les autres ?
Parfois, la solitude ne survient pas lorsque nous sommes seuls. Nous pouvons être entourés de gens et ressentir le vide. Et nous pouvons être seuls — et éprouver un silence paisible et porteur de sens. Cette distinction trace la frontière entre la solitude comme déficit et la capacité d'être seul — un état dans lequel on ne se sent pas abandonné — comme une réalisation du développement psychique. La capacité d'être seul représente un ancrage intérieur — un sentiment de soi stable qui permet le contact avec ses propres expériences sans anxiété face à l'abandon ou à la désintégration. Comme le souligne Donald W. Winnicott dans « The Capacity to Be Alone », elle repose sur l'expérience précoce d'être seul en présence d'un autre.
La solitude comme expérience intérieure
La solitude est un état subjectif lié à une absence de stabilité intérieure. Dans ce cas, la solitude est vécue comme de l'anxiété, du vide ou une instabilité psychique (désintégration), et la personne se sent abandonnée même en présence des autres. Lorsque la stabilité psychique est présente, cette même solitude peut devenir un espace de pensée, de créativité et de restauration psychique.
Origines : la relation précoce
Au fondement de cette capacité se trouve la relation précoce entre l'enfant et la personne qui s'en occupe. Le nourrisson n'existe pas de manière isolée, mais dans une relation qui façonne la manière dont le monde intérieur se construit. Grâce à l'expérience d'une présence stable et non intrusive, l'enfant construit un sentiment de sécurité et, progressivement, la capacité d'être seul sans se sentir abandonné. Le moment clé est l'expérience d'être seul tandis que l'autre est « là » — disponible, mais non intrusif. Cela permet aux expériences spontanées d'être ressenties comme propres et de s'intégrer dans le monde intérieur. Ainsi se forme un sentiment intérieur de « l'autre », rendant possible la solitude sans sentiment de perte.
Déficits et conséquences
Lorsque l'environnement précoce est instable ou incohérent, cette capacité peut rester sous-développée. La solitude est alors vécue comme menaçante, liée au vide et à l'instabilité intérieure. Le besoin de stimulation externe constante sert souvent de défense contre cette expérience.
Perspective psychothérapeutique
La psychothérapie crée les conditions pour restaurer cette capacité. Au début, le silence peut sembler tendu, mais il devient progressivement tolérable. En présence du thérapeute comme « autre » stable et non intrusif, le patient développe à nouveau la capacité d'être seul sans se sentir abandonné.
Conclusion
La capacité d'être seul ne signifie pas l'isolement, mais l'autonomie intérieure. Elle permet la connexion avec les autres sans dépendance à leur présence constante. Être seul signifie rester avec soi-même paisiblement — un état de résilience intérieure dans lequel l'absence des autres ne conduit pas à une perte du sentiment de soi.
Être seul — sans être solitaire
Être capable d'être seul signifie être capable d'être paisiblement avec soi-même. Cela ne signifie pas ne pas avoir besoin des autres, mais ne pas se perdre lorsqu'ils sont absents.
Références
Winnicott, D. W. (1958). The capacity to be alone. The International Journal of Psychoanalysis, 39, 416–420.
Winnicott, D. W. (1999). Jeu et réalité. Lik.
Winnicott, D. W. (2018). The maturational processes and the facilitating environment: Studies in the theory of emotional development. Routledge.
Casement, P. (1999). L'art d'apprendre du patient. Lik.
